17/01/2019

Batteries: visite de la Gigafactory de TESLA...




     C’est à 35 kilomètres de Reno, dans le Nevada, que bat le coeur du dispositif industriel de Tesla. Un bâtiment paré de légendes et de mystères. Bienvenue à la Gigafactory du constructeur de voitures électriques, la première du nom, qui se targue de produire aujourd’hui plus de batteries que tous les autres constructeurs automobiles réunis dans le monde. C’est la première fois depuis que sa production a démarré, il y a à peine deux ans, que Tesla ouvre ses portes à des médias européens.

     Ce qui frappe dès l’arrivée, c’est l’immensité. En forme de L géant, l’usine  occupe déjà près de 180.000 mètres carrés au sol − l’équivalent de 33 terrains de football. Et encore, elle n’atteint que 30 % de sa taille projetée : la maquette du hall d’accueil présente un gigantesque hexagone. « Comme les lignes s’étendent sur trois étages, elle occupera, à terme, 1,2 million de mètres carrés de surface utile de production et deviendra le plus grand bâtiment au monde », explique Chris Lister, directeur des opérations de l’usine. C’est ici que sont produits les batteries et les moteurs de la Model 3, le premier véhicule de série de la firme d’Elon Musk. Et c’est ici qu’une bonne partie des goulets d’étranglement survenus dès l’automne 2017 ont ralenti la montée en puissance de la production du véhicule. Au point que Tesla a raté ses objectifs à plusieurs reprises et frôlé la faillite au printemps. « Nous n’avons pas beaucoup dormi ces derniers mois », avoue en souriant le dirigeant.
      Aujourd’hui, les lignes tournent à plein régime, 24 heures sur 24. « Nous avons atteint le rythme de 10.000 packs batteries par semaine. Ça a été un immense challenge, assure- t-il. Et nous continuons à monter les cadences. » Objectif, assurer les livraisons de la Model 3 en Europe, qui doivent démarrer le mois prochain. En incluant les batteries stationnaires également produites ici (les fameuses Powerwall pour un usage résidentiel et Powerpack pour l’industrie), la production a atteint en juin dernier un rythme annualisé de 20 GWh – et les analystes estiment que l’objectif, à terme, d’un rythme de 35 GWh par an a déjà été atteint fin 2018. Pour y parvenir, il a fallu revoir l’organisation à certains endroits et revenir sur l’automatisation à outrance − alors que la Gigafactory devait être, selon la vision d’Elon Musk, « la machine qui fabrique la machine ». Le contraste est frappant. Sur certaines lignes, comme la fabrication des moteurs ou l’assemblage des bas de caisse (où sont intégrées les batteries), c’est un ballet de robots, immenses bras articulés pivotant et basculant en rythme, qui accueille le visiteur. Sans un humain, ou presque, en vue. Mais sur d’autres, les opérateurs sont omniprésents.
     L’assemblage des batteries en module, notamment, a été réorganisé. « Il y avait trop d’allers-retours entre différents postes, trop de passages par les élévateurs. Et certaines tâches, comme l’assemblage de câbles, sont plus adaptées à une manipulation humaine. Nous avons dû simplifier les process », explique Chris Listesine.
     Même si des lignes pointillées jaunes barrées d’un signe « AGV route » pullulent sur les sols des immenses couloirs, les AGV (pour « automated guided vehicles » , ces chariots automatisés qui prolifèrent dans les usines automobiles les plus modernes) semblent encore rares.

 Supply chain intégrée .

      Pour plus d’efficacité, Tesla a choisi d’accueillir sous son toit ses fournisseurs, au premier rang desquels Panasonic, qui produit les cellules des batteries lithium-ion − des petits tubes de 6,5 cm de long et de 1,8 cm de diamètre. « Mais il n’est pas le seul : il y a aussi d’autres partenaires, comme le français Valeo, qui fabrique des tubes de refroidissement pour les modules », indique Chris Lister. C’est un scoop, car Tesla interdit généralement à ses fournisseurs d’évoquer tout lien. « Cette intégration de la supply chain permet non seulement de réduire les coûts logistiques, mais aussi de résoudre les problèmes plus facilement », poursuit-il. Pour favoriser la communication, les bureaux fermés sont proscrits. Les personnes dédiées à l’administratif, à l’ingénierie ou au planning travaillent derrière des bureaux surélevés, au sein d’open spaces lumineux, cernés de baies vitrées. Mais ici, pas de salles de sport ou de détente comme sur les campus des « tech companies ». Orientée vers le nord pour favoriser les signaux GPS, l’usine est aussi censée fonctionner entièrement avec des énergies renouvelables – à l’aide de panneaux solaires sur le toit ou d’éoliennes. Pour le moment, seule une petite partie du toit est toutefois recouverte de panneaux, et Tesla reste connecté au réseau. Difficile de se battre sur tous les fronts.
     La Gigafactory vise à réduire le coût des batteries et à démocratiser la voiture électrique. Tesla prévoit d’en construire une douzaine sur la planète.

« MISSION Accelerating the world’s transition to sustainable energy » (MISSION Accélérer la transition vers une énergie durable dans le monde). Aucune ambiguïté dans le slogan, affiché en lettres capitales dans le lobby de la Gigafactory 1 de Tesla, dans le Nevada : l’objectif du constructeur de voitures électriques est de changer le monde. Une vision portée par son fantasque patron, Elon Musk, qui justifie à elle seule l’investissement de quelque 6 milliards de dollars consenti dans cette usine géante (dont 1,6 milliard apporté par Panasonic). Alors que la batterie représente une part importante de la valeur d’un véhicule électrique, il s’agit d’en réduire les coûts grâce à des volumes gigantesques, afin de rendre la voiture électrique abordable pour le plus grand nombre.
     La Gigafactory est l’arme de Tesla pour y parvenir. Ayant atteint fin 2018 un rythme annualisé de 250.000 packs de batteries par an pour la Model 3 (elle-même assemblée dans l’usine de Fremont, près de San José en Californie), elle revendique déjà une production supérieure à celle de tous les autres constructeurs de voitures électriques dans le monde.
     Le coût de production des cellules de batteries de Tesla s’établit à 116 dollars par kilowattheure, « bien inférieur à celui de l’industrie », estimé à 146 dollars en moyenne.

Les batteries de Tesla ont également un pouvoir énergétique supérieur à celles de la concurrence. Les analystes d’UBS, qui ont entièrement désossé l’été dernier une Model 3, ont conclu que son « pack batterie » était en avance sur tous les concurrents. Un rendement qui s’explique, lui, par l’équation chimique mise au point par Panasonic. « C’est notre potion magique secrète », avoue, dans les couloirs de la Gigafactory, Allan Swan, le patron de Panasonic Energy en Amérique du Nord. Tesla entend accroître les capacités de l’usine de Reno, pour absorber la croissance des ventes attendues de la Model 3 (les batteries des Model S et X sont importées du Japon), mais aussi y produire éventuellement ses futurs modèles. Elle n’atteint aujourd’hui que 30 % de sa taille ultime. Les experts spéculent déjà sur le choix de la Gigafactory 1 pour la Model Y, non seulement pour les batteries mais aussi pour l’assemblage. « C’est une option », reconnaît le patron de l’usine, Chris Lister. 

Douze Gigafactory  à venir :

     Mais la firme californienne compte aussi reproduire l’expérience, prévoyant de construire au total une douzaine de ces Gigafactory dans le monde. Il y a déjà une Gigafactory 2 aux Etats-Unis, à Buffalo dans l’état de New York, qui produit des panneaux et des tuiles solaires. Elon Musk vient tout juste de lancer la construction de la Gigafactory 3, près de Shanghai, en Chine, en prévision du lancement de la Model 3 dans le pays. Le démarrage de la production est prévu pour fin 2019. Enfin, le constructeur compte en construire une en Europe. La France est sur les rangs, mais la concurrence est rude, et il n’est pas  sûr que la crise des « gilets jaunes », vue de Californie, joue en faveur de l’Hexagone. Selon Elon Musk, il faudrait une centaine de Gigafactory pour que le monde puisse passer aux énergies renouvelables. —
     Grâce à la Gigafactory de Tesla, l’économie locale a retrouvé des couleurs. D’autres firmes technologiques comme Apple et Google sont venues s’installer dans la région de Reno.
Depuis que le constructeur de voitures électriques a décidé d’y installer sa première Gigafactory, les emplois fleurissent et les logements manquent dans le Nevada du Nord : plus de 34.500 postes ont été créés entre 2014 et 2017, dont 44 % directement liés à l’usine géante de Tesla. En 2018, l’impact de Tesla sur l’économie locale est estimé à près de 3,6 milliards de dollars, selon le même rapport.
     Selon la presse locale, faute de logements, certains nouveaux venus sont contraints de dormir dans leur voiture, sur des parkings. Tesla, qui fournit le transport à ses salariés depuis les différentes villes de l’Etat, réfléchit à leur proposer des logements abordables. La rançon du succès.
(Article tiré des Echos du 17/01/19)

Videos :
https://www.youtube.com/watch?v=G-7UpxXA-E0
https://youtu.be/TdUqQZC2dcE

Bonne maintenance
Olivier

10/01/2019

Femmes ingénieures, soyez les bienvenues...


     Intéressons-nous aujourd’hui aux femmes ingénieures. Moins d'un quart des ingénieurs en France sont des femmes. Pourquoi sont-elles sous-représentées ? Comment rendre les formations attractives ? Pourquoi faire des études d'ingénieurs ?

Etat des lieux en école et en entreprise :

     Dans les écoles d'ingénieur, les femmes représentent à peine 28% des étudiant(e)s, 44% étudient la chimie, 36% l’agronomie, 16% le génie civil, mais sont ultra minoritaires dans les branches de la mécanique productique (9%) et de l’automatique électricité (9%).
     Et en entreprise ? Aujourd’hui, les femmes ne représentent que 21% des ingénieurs en poste et le taux d’insertion des jeunes femmes et des jeunes hommes ayant le diplôme d’ingénieur n’est pas le même. Et même si les femmes ingénieures jouissent d’une bonne qualité de vie, les disparités de revenu entre hommes et femmes sont notables. En effet, le salaire annuel moyen des ingénieurs hommes était l’année dernière de 72 835 euros alors que celui des femmes était de 55 947 euros, soit une différence de 30,2% !
     Ne nous voilons pas la face : l'image moyenâgeuse de la femme mère de famille, gérant son foyer d'une main de maître et laissant de côté ses études et son travail n'est pas encore tout à fait révolue. Si les études d’ingénieurs attirent de plus en plus de femmes, elles restent minoritaires et subissent parfois les réflexions déplacées de leurs collègues ou de leurs proches. Mais commençons par tuer tous les clichés que l’on connait bien :

1. "Les femmes ne sont pas aussi intelligentes que les hommes"

     « Moins tournées vers les études scientifiques les femmes en ont forcément moins dans le cerveau que les hommes. En bonnes ménagères, elles optent pour une vie au foyer ou un métier adapté à leurs capacités (coiffeuse, institutrice, secrétaire principalement) ».

     WAIT, WHAT ? Est-il nécessaire de rappeler que les capacités d'une personne diffèrent d'un individu à l'autre, sans distinction de sexe? L'intelligence ne peut être jugée. Et la pratique d'un métier n'est très certainement pas liée au niveau d'intelligence mais à l'intérêt et à la passion qu'on lui porte.

2. "Les femmes n'ont pas le temps de gérer travail et vie de famille"

     « Gérer un foyer, élever des enfants, vaquer à ses "occupations féminines", cuisiner pour son mari... cela prend du temps et une femme ne pourrait pas avoir un poste très prenant, et qui plus est, à responsabilités. Une journée n'a malheureusement que 24 heures ».

     WAIT, WHAT ? Pour argumenter avec un autre cliché, les femmes sont généralement mieux organisées et multitâches que les hommes. Bon, avouez-le, ce n'est pas tout à fait faux. Mais nombre de femmes arrivent à gérer leur vie personnelle et professionnelle à la fois, tout comme les hommes. À l'heure de l'équité, aucun ne devrait avoir plus de tâches à gérer que l'autre.

3. "Les femmes n'ont pas la carrure pour un haut poste"

     « Le schéma est bien connu, le patron est un homme et la secrétaire est une femme. Les postes à forte responsabilités, comme les responsables de projets, les chefs de pôle ou encore les postes de direction ne sont réservés en priorité qu'aux hommes. Les femmes sont trop fragiles et instables émotionnellement pour y accéder ou y tenir sur le long terme ».

     WAIT, WHAT ? Conditionnées dès l'enfance à s'orienter vers des métiers plus modestes que leurs confrères, les femmes ne se sentent parfois pas capables d’assurer à un haut poste. Rien n'est plus faux, cela dépend des aptitudes et de la personnalité de la personne, au cas par cas. Comme pour tout le monde, il suffit d'oser et de croire en soi.

4. "Les femmes ne sont pas logiques"

     « Rares sont les femmes dotées d'une logique et d'une soif de connaissance dans le domaine des sciences. Plus sensibles, elles sont plus sujettes à l'utopie ou à l'irrationnel. La logique ne s'appliquerait que dans le choix de leur tenue. Et encore ».

      WAIT,  WHAT ? Encore une fois, l’intelligence ne se compare pas, et le "taux de logique" ne se mesure pas. Ceux qui considèrent l'ensemble des femmes comme superficielles prouve que leur "taux d'absurdité" est à son maximum.

5. "Les femmes n'ont rien inventé"

     « Marie Curie était un exemple isolé, une exception. Les plus grands inventeurs sont des hommes, les grands progrès de ce monde sont dus aux hommes. Les femmes n'ont pas les idées ni le courage de les concrétiser ».

     WAIT, WHAT ? Les femmes qui ont l'esprit créatif et innovant, sont probablement moins mises sur le devant de la scène que les hommes. Cela n'empêche pas qu'elles existent, et qu'elles bougent le monde et le fassent évoluer - dans l'ombre ou la lumière.

6. "Les femmes n'aiment pas les sciences"

     « Les femmes sont plus attirées par les lettres, les sciences sociales, l'humain, l'esthétisme ou l'art. Les mathématiques, la physique, la chimie ou les matières techniques ne leur correspondent pas ».

     WAIT,  WHAT ? La passion des sciences ne discrimine pas les genres : une femme peut aimer la mécanique quantique et un homme peut travailler dans le monde de la mode. L'inverse est possible aussi. Et alors?

     Nous nous sommes interrogés sur les raisons qui peuvent expliquer, qu’à notre époque, le métier d’ingénieur soit encore connoté masculin. Pourquoi les filles sont-elles encore si peu nombreuses à se lancer dans l’aventure ? Quels sont les freins à la féminisation des formations d’ingénieurs? A qui incombe la responsabilité de ces disparités ? Aux étudiantes, aux professeurs, aux parents, aux politiques ?

Susciter l’intérêt des jeunes demoiselles pour les études scientifiques

     « Il ne faut jamais cesser de le dire ; l’absence des femmes dans les sciences, est très préjudiciable à notre société. La faire diminuer, c’est conduire une action indispensable pour le redressement du pays ». (Najat Vallaud-Belkacem)

     Bien sûr, comme le démontre notamment une étude réalisée par Global Contact pour Orange, quelques améliorations sont à noter : la proportion de filles dans les écoles d’ingénieurs progresse et l’engagement des entreprises sur l'égalité femmes/hommes dans le secteur scientifique et technique se concrétise. De leur côté, les hommes encouragent l’insertion et la représentation des femmes dans l'univers ingénieur.

Les entreprises recrutent

     Oui, les entreprises n’attendent que vous, femmes ingénieures ! Il suffit de lire les diverses interviews de femmes ingénieurs et d’étudiantes pour s’en apercevoir. Toutes vous parleront de la facilité avec laquelle elles ont décroché un job, toutes évoqueront la qualité de vie dont elles jouissent, toutes insisteront sur leur soif d’apprendre plus chaque jour, toutes s’amuseront de la façon dont elles ont été chouchouté à l’école. Bref, et si le vrai luxe était d’être une femme ingénieure ?

     Alors Mesdames, retenez cela :

1)      Vous allez vous faire chouchouter en école d’ingénieurs (Les filles dans les écoles d’ingénieurs sont rares. Les professeurs et les étudiants sont donc généralement plus attentifs à leurs parcours, à leurs difficultés et au fait qu’elles s’épanouissent dans leur formation d’ingénieur),

2)      Votre travail sera reconnu et valorisé,

3)      Vous ne risquez pas de connaître les mots « chômage » ou « crise », ( Les débouchés pour les jeunes diplômés ingénieurs sont importants. Les entreprises manifestent de réelles attentes et de vrais besoins. Les recruteurs sont particulièrement motivés par l’intégration de jeunes femmes ingénieures dans les équipes),

4)      Vous débuterez à un niveau de salaire élevé (Les femmes ingénieures compétentes et diplômées étant plus rares sur le marché du travail vous serez en position de force pour négocier votre salaire à l’embauche),

5)      Vous jouirez d’une vraie flexibilité (organisation du travail) (70% des femmes ingénieures sont satisfaites des aménagements sur le temps de travail et des mesures d'assouplissement de l'organisation du travail (travail à distance, horaires de travail aménagés et horaires de réunion encadrés),

6)      Vous exercerez plusieurs métiers (Etre ingénieur c’est aussi avoir plusieurs vies professionnelles),

7)      Vous allez voyager

8)      Chaque jour, vous apprendrez de nouvelles choses (Un des traits communs à toutes les femmes ingénieures interviewées est celui de la volonté d’apprendre toujours plus. Quel que soit le secteur d’activité, les femmes ingénieures ont cette soif de connaissances qu’elles assouvissent grâce à leur métier), 

     L’association « Elles bougent » sensibilise les jeunes filles aux carrières scientifiques et techniques et donne trois conseils aux étudiantes en ingénierie pour réussir leur entrée dans la vie active et ne pas céder devant tous les clichés véhiculés sur le statut de la femme dans les carrières d’ingénieurs :

1)      Bien négocier son salaire (Les jeunes étudiantes ont parfois des difficultés à valoriser leurs expériences. C’est d’abord sur le Curriculum Vitae qu’elles doivent mettre en avant la diversité de leur parcours en mentionnant toutes les compétences acquises lors des stages, des études à l’international ou d’une année de césure. Puis, elles doivent faire preuve de d’avantage d’audace dans la négociation salariale),

2)      Rejoindre les réseaux féminins des grandes entreprises (Un réseau étoffé et bien construit permet de développer ses opportunités de carrière. L’alliance fait la force ! ),

3)      Faire reconnaître sa valeur ajoutée (Les jeunes femmes qui se retrouvent souvent dans des équipes majoritairement masculines, doivent être capables de « faire savoir » lorsqu’elles réussissent quelque chose d’exemplaire et prouver « leur valeur ajoutée ». Valoriser leurs succès leur permettra de mieux évoluer professionnellement)

Et les hommes que pensent-ils des femmes ingénieures ?

     Les réponses vont à l’encontre des idées reçues : les hommes sont loin d’afficher des positionnements machistes à propos des femmes ingénieures. Ainsi 61% estiment que les femmes manquent dans les écoles d’ingénieurs et souhaiteraient qu’il y ait plus de femmes dans les formations d’ingénieurs. Ils sont encore plus nombreux (66%) à penser que les formations d’ingénieurs sont tout à fait adaptées aux femmes. Afin d’argumenter, les hommes mettent en avant certains atouts féminins qui sont une vraie valeur ajoutée en école d’ingénieurs : l’organisation, la rigueur, la persévérance et l’autonomie.

     Enfin, les hommes sont interrogés sur les branches de l’ingénierie qui seraient plus adaptées aux femmes, la plupart ont répondu la chimie. Une réponse en adéquation avec la réalité, car une femme sur trois se spécialise dans cette branche ! En revanche, pour les hommes l’aéronautique, la physique mécanique, l’électronique, le génie civil ne sont clairement pas des spécialisations faites pour les femmes.

     Nous espérons que les divers contenus proposés ici inciteront de nombreuses jeunes femmes attirées par les sciences et la technique à entreprendre de grandes carrières.

(article digischool, femmes-ingenieures)

     Mesdames, n’hésitez pas à écrire un commentaire sur ce blog, pour nous dire ce que vous en pensez…

Olivier

16/09/2018

Trains autonomes et le numérique à la SNCF

      Nous entendons parler et allons voir sur les routes des véhicules autonomes, la SNCF vise elle aussi des trains autonomes à partir de 2023. De plus le numérique commence à porter ses fruits dans les performances de la maintenance.


Quatre niveaux d’automatisation

      L’association internationale du transport public distingue quatre niveaux d’automatisation. Dans le premier, la conduite reste manuelle, même si elle est appuyée par ordinateur. Dans le deuxième stade, l’ordinateur à bord communique directement avec le système de signalisation de la voie et prend en charge les phases d’accélération et de ralentissement du train. Avec à la clef des économies d’énergie, mais aussi et surtout une réduction de l’intervalle de sécurité minimum entre deux trains, ce qui permet d’en faire circuler plus sur une même ligne. La SNCF travaille d’ores et déjà à la mise en place de ce système sur la ligne TGV Paris Lyon, qui est saturée, afin de passer de 13 à 16 trains par heure en 2023. Au troisième stade d’automatisation, la conduite est entièrement gérée par l’ordinateur, mais du personnel reste tout de même à bord, pour assurer l’ouverture et la fermeture des portes et prendre la main en cas de panne, par exemple. Enfin, au quatrième et dernier stade, le train est entièrement automatique. C’est déjà le cas sur certaines lignes de métro, comme la 1 et la 14 à Paris. L’objectif est plus compliqué à atteindre pour les trains, qui circulent en milieu ouvert, avec donc une probabilité plus forte d’aléas et un environnement plus complexe à surveiller. La SNCF veut néanmoins mettre en circulation des trains de fret semi-autonomes à partir de 2020, et finaliser des prototypes de trains entièrement automatisés d’ici à 2023. D’ores et déjà, le tronçon en cours de construction pour prolonger le RER E, à Paris, doit être équipé du système de signalisation Nexteo. Celui-ci autorise la circulation d’un plus grand nombre de rames, avec un intervalle de 108 secondes entre les trains, à une vitesse plus importante, jusqu’à 120 km/h.

Transformation numérique de la SNCF

     La SNCF vient d’installer dans son technicentre de maintenance d’Hellemmes (Nord) un laboratoire de l’innovation numérique. Le lieu aura une spécialisation : l’usine ferroviaire du futur. La SNCF doit réaliser des gains de productivité dans l’optique de l’ouverture à la concurrence. « Nous devons réduire des deux tiers l’écart de compétitivité qui existe avec nos futurs compétiteurs, rappelle Guillaume Pepy. Pour cela le numérique est un levier formidable. Dès lors que nos processus industriels sont digitalisés, nous parvenons à diminuer les coûts de 30 à 50% »

     Illustration avec la maintenance du matériel roulant- un coût de 2.5 milliards d’euros par an, dont 1 milliard pour la maintenance lourde. Dans le bâtiment principal du technicentre d’Hellemmes, deux morceaux d’un Thalys entièrement désossé attendent l’inspection. Un drone décolle et va filmer le toit d’une voiture puis l’enchevêtrement de câbles électriques qui tapissent la carcasse de la motrice placée à côté. « Avant, les vérifications étaient réalisées par des chaudronniers bardés de matériel de sécurité, explique un cadre du technicentre, L’utilisation des drones permet de ne plus mobiliser des personnels qualifiés et des équipements coûteux pour un simple contrôle. La surveillance constitue une grande partie de la maintenance. Et c’est précisément ce travail que nous parvenons le mieux à numériser ». Ainsi une trentaine de lunettes connectées sont désormais utilisées sur le réseau ferroviaire français. Elles permettent à un expert de voir, à distance et en direct, les pannes de matériel constatées sur le terrain et de guider les réparations.
     Le digital industriel joue un rôle-clé dans la prévention des incidents sur le réseau ferré. La SNCF a mise au point une application baptisée Vibrato, actuellement en test. Installée sur les smartphones des conducteurs, elle capte les vibrations anormales de la voie. SNCF réseau s’est aussi lancée dans la création d’un « jumeau numérique » des 30000 kms de rails français. Cette réplique au millimètres près est réalisée grâce à des radars laser (lidars) placés sur des trains spéciaux qui scannent le réseau afin de le modéliser. Le but, à terme, est de déceler la moindre variation afin d’anticiper les difficultés avant qu’elles ne surgissent.
     Autre nouveauté : « On est à l’orée d’une amélioration considérable de la performance. Les systèmes de signalisation installés à l’avenir entre Paris et Lyon nous permettront de passer de 13 à 16 trains par heure, soit une forte hausse de la capacité sans construction de nouvelles lignes ».
     Manifestement la SNCF y croit : elle a investi presque 1 milliard d’euros dans sa transformation numérique depuis 2015, dont pas moins de 300 millions cette année.
(Informations tirées d’un article du Monde du 1 Septembre)
Bonne maintenance
Olivier

07/07/2018

La sous-traitance chez EDF....Attention...



     « La commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations pointe les risques d’une maintenance d’EDF sous-traitée à 80 %. Et souligne le manque de formation professionnelle aux métiers du nucléaire.

     Le chiffre a de quoi interpeller : 80 % des travaux de maintenance réalisés par EDF sur ses 58 réacteurs nucléaires en France sont sous-traités. « Le recours à la sous-traitance peut se justifier dans certains cas et n’est pas, en lui-même, porteur de risques », note le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires présenté jeudi par sa rapporteure, Barbara Pompili (LREM). Mais « la perte de compétences des exploitants sur les missions constamment déléguées à des opérateurs extérieures a été clairement identifiée par la majorité des personnes entendues », alertent les parlementaires, qui préconisent de « favoriser la réintégration des compétences au sein des entreprises exploitantes afin de contenir le niveau de sous-traitance et de ce fait, de mieux maîtriser la conduite des sites ». « Le taux a toujours été de 80 %, il n’a pas varié, et la plupart des activités sont confiées à ceux qui ont fabriqué les équipements : Framatome, Alstom et maintenant GE, Schneider Electric… », a expliqué après la présentation du rapport, Dominique Minière, le patron du parc nucléaire d’EDF. « Et la réalisation des activités de maintenance n’est qu’une petite partie des activités : il y a aussi la préparation des activités, la coordination, l’ingénierie, l’exploitation, pour lesquels le taux de sous-traitance est bien inférieur », a-t-il voulu recadrer.

     La perte de compétences dans les opérations de maintenance est identifiée depuis plusieurs années. En novembre l’an dernier, Dominique Minière justifiait des arrêts plus longs que d’ordinaire en raison des « difficultés de compétences que nous constatons actuellement dans certaines équipes, notamment dans les équipes des principaux fournisseurs ». En 2016, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, avait lui-même, lors d’une audition parlementaire, déploré qu’on ne parle plus suffisamment français sur ses chantiers. « Il y a un déficit évident dans l’enseignement professionnel, qui ne nous permet pas de disposer de toute la main-d’œuvre qualifiée dont nous aurions besoin », expliquait-il. De quoi engendrer des erreurs de compréhension potentiellement préjudiciables à la sûreté. EDF a d’ailleurs engagé un programme de réinternalisation de certains postes clefs dans la robinetterie, le soudage et la maintenance des diesels. « On réinternalise une petite partie de ces activités pour mieux contrôler ceux qui les font », a expliqué Dominique Minière jeudi.

     Défaut de surveillance après l’accident nucléaire de Fukushima, le niveau de sous-traitance autorisé est passé de 7 à 3 : le titulaire d’un contrat d’EDF peut ainsi faire appel à un sous-traitant qui fera lui-même appel à un prestataire. Sans toutefois faire varier le taux de 80 %. Au-delà de la perte de compétence, c’est sur le défaut de surveillance de ses prestataires qu’a aussi été questionné EDF ces dernières années : au Creusot sur les fabrications de l’ex-Areva (aujourd’hui Framatome), à Flamanville sur la réalisation des soudures par un sous-traitant de l’ex-Areva, sans compter les avaries techniques qui ont déjà coûté deux années de production à Paluel (Seine-Maritime). « Ce recours massif à la sous-traitance entraîne une dilution des responsabilités, notamment en matière de sûreté », pointe le rapport : « chacun se sent moins impliqué qu’auparavant, certaines anomalies sont constatées sans être reportées, la transmission informelle de l’information, des usages, ne se fait plus ». Ces sous-traitants sont parfois eux-mêmes fragilisés par EDF. Le groupe, pour limiter ses sorties de cash, a lissé et réduit ses investissements dans le grand carénage, le programme de maintenance lourde des réacteurs. Et certaines PME critiquent le parcours du combattant pour gérer leur trésorerie. » (article tiré des Echos du 5/07/18)

   Conclusion :

     Cet article confirme bien que dans toute entreprise les responsables maintenance doivent se poser un jour ou l’autre, les questions suivantes au sujet de la sous-traitance de certaines activités de leur secteur :
-        Que dois-je sous-traiter ?
-        Que dois-je absolument conserver et ne pas sous-traiter ?
-        Comment bien sous-traiter et quelles sont les règles de l’art en la matière ?
-        Comment bien définir mon besoin, pour avoir des coûts les mieux définis et les moins élevés ?
-        Comment obtenir (et contrôler) la qualité du service demandé aux prestataires conformément au contrat associé à un cahier des charges bien défini.

Voir ou relire notre article « Maintenance sous-traitée : quoi, comment, les règles de l’art » sur notre blog du Club des ingenieurs de maintenance. (rubrique « politique maintenance »)

Bonne maintenance
Olivier

16/04/2018

EDF lance Metroscope, la solution d’intelligence artificielle au service de l’excellence opérationnelle de ses clients industriels.



  
     Le groupe EDF annonce la création d’une nouvelle start-up, Metroscope, à destination de ses clients industriels. Metroscope est née d’un projet conçu et construit par une équipe de jeunes entrepreneurs issus de la direction R&D d’EDF, et grâce à l’impulsion et l’accompagnement des équipes d’EDF Nouveaux Business. Cette solution a été testée et approuvée par EDF sur ses propres installations.
     Metroscope propose, aux industriels et aux entreprises, un logiciel pour optimiser leur performance. Cette technologie permet d'identifier automatiquement, et avec une fiabilité prouvée, les aléas affectant un process industriel. Retour sur sa génèse et son avenir!
    
Une aventure industrielle

     Innover pour ses clients est au cœur de la stratégie CAP 2030 du groupe EDF et un engagement fort pour tous ses salariés. Ce sont d'ailleurs de jeunes entrepreneurs salariés de la R&D d'EDF qui ont conçu et construit Metroscope. Grâce à l'impulsion et l'accompagnement des équipes d'EDF Nouveaux business, ce projet est devenu une vraie aventure entrepreneuriale avec la création de la filiale éponyme Metroscope.
     La solution développée par Metroscope détecte au plus tôt les moindres aléas, qui altèrent l'efficacité des installations, alors même qu'ils n'ont pas encore d'impact significatif sur la productivité de l'installation industrielle et sont impossibles à localiser via les outils actuels.
     Grâce à Metroscope, les aléas pourront être détectés cinq fois plus vite et avec une fiabilité supérieure à 90 % ! Cette réactivité permet d’améliorer significativement le délai nécessaire pour retrouver la performance optimale de l’installation. Une aide essentielle à la décision de maintenance.

Un champion du diagnostic industriel

     L’approche du Metroscope est largement inspirée de la sémiologie médicale, à cela près que le patient est en acier !
Pour réaliser un diagnostic, la solution de Metroscope procède en 3 étapes :
1. La prise d’informations : Les mesures issues des capteurs du process industriel sont intégrées et visualisées dans le logiciel. Un premier filtre est appliqué, pour identifier les comportements anormaux des mesures. A ce stade le patient s’exprime, le logiciel écoute.
2. La construction des symptômes : Les informations validées à l’étape précédente sont comparées aux valeurs normales d’exploitation. Cette étape requiert une véritable expertise pour objectiver les symptômes de l’installation. Cette expertise est fournie par la modélisation numérique.
3. Le diagnostic : Quelle est la cause de ces symptômes ? Pour y répondre, le logiciel fait appel à l’intelligence artificielle. Il utilise la modélisation numérique pour tester des milliers de scénarios, avant de livrer son diagnostic.
     Ces étapes peuvent être réalisées de manière totalement automatique ou bien manuellement par l’utilisateur.
     En accompagnant l’utilisateur dans la construction des résultats, le logiciel livre toutes les étapes de son raisonnement. La technologie embarquée par Metroscope est 100 % propriété du groupe EDF, elle a fait l’objet d’un brevet et a été récompensée par le Prix interne EDF Pulse 2017 dans la catégorie Performance Industrielle.

Aujourd’hui les centrales et demain, d’autres horizons pour Metroscope ?

     La solution de Metroscope est aujourd’hui opérationnelle sur plusieurs salles de machines du parc nucléaire français. Les résultats déjà obtenus témoignent de sa finesse dans la détection avec une fiabilité sans compromis. La Direction de la Production Nucléaire a évalué des gains significatifs générés par l’installation du logiciel sur l’ensemble des centrales nucléaires de par son impact sur la performance opérationnelle et environnementale.


     L’année 2018 est l’année de la première phase de développement concret de la solution proposée par Metroscope. Outre EDF, d’autres premiers clients pourront devenir « pilotes » et bénéficier à cet effet d’un accès avantageux à la technologie et participer ainsi à la conception finale du logiciel.
     Dans un premier temps, Metroscope s’adressera prioritairement aux producteurs d’électricité. Sa commercialisation finale auprès d’un panel plus large et diversifié de clients industriels interviendra dans un second temps, à l’horizon 2019.

Conclusion

     Ainsi donc, avec Metroscope, les techniciens peuvent régler ces aléas avant qu’ils ne deviennent de vraies défaillances impactant la productivité de l’usine. Cette solution innovante et brevetée par EDF, représente un atout décisif à la décision de maintenance d’un industriel, avec un impact économique significatif.
     « Les enjeux autour de l’usine intelligente vont croissant et constituent un axe important de notre stratégie commerciale déployée pour nos clients industriels. Metroscope est un véritable stéthoscope des sites industriels qui doit leur permettre de gagner en performance industrielle et en compétitivité. Cette solution innovante permet d’enrichir la gamme de services proposés à nos clients, de continuer à les accompagner aujourd’hui et demain pour leur usine du futur. » (Henri Lafontaine, Directeur Exécutif Groupe)


Merci à Julien Gras de nous avoir fait connaître cet article. Vous aussi, n’hésitez pas à nous demander de publier sur notre blog des informations qu’il vous semble intéressant de partager.
Bonne Maintenance
Olivier

11/03/2018

L'intelligence artificielle: nouvelle révolution industrielle...





     L’année 2018 va voir encore se multiplier un grand nombre d’applications opérationnelles de l’Intelligence Artificielle (IA). Marketing, maintenance, surveillance, logistique, humaines… toutes les activités seront concernées. Voilà quelques informations pour ne pas passer à côté de cette révolution.
     Même si certains historiens font remonter les origines de l’intelligence artificielle à l’Antiquité, avec les premiers automates et les premières tentatives de représenter le raisonnement humain sous une forme mécanique, cette discipline est toute jeune. Elle s’est constituée sous ce nom durant l’été 1956, lorsqu’une vingtaine de spécialistes de la cybernétique (l’étude des « communications et de leurs régulations dans les systèmes naturels et artificiels »), du traitement complexe de l’information, des réseaux neuronaux formels (machines cherchant à imiter le fonctionnement du cerveau), de la théorie des automates ou des modèles de prise de décision, se réunirent au Dartmouth College, une université privée de Hanover (New Hampshire), aux Etats-Unis. Depuis, l’IA a multiplié les approches : réseaux de neurones artificiels (conceptualisés dès 1943), arbres de décision représentant un ensemble de choix sous la forme graphique d’un arbre (1963), systèmes experts capables de modéliser la connaissance d’un expert (1965), fouille de données (le « data mining », apparu dans les années 1990)… « Il n’y a pas une IA mais des IA, résume Cécile Wendling, directrice de la prospective du groupe AXA.

1)L’intelligence artificielle à l’assaut des entreprises :

« En libérant les salariés d’un certain nombre de tâches répétitives et automatisables, l’IA va leur permettre de devenir plus productifs mais aussi plus créatifs : elle devrait entraîner un doublement, ou presque, de la croissance économique de la France d’ici à 2035 », assure même Laurent Stefani, directeur exécutif pour l’intelligence artificielle au sein d’Accenture Technology en France.
Mais qu’est-ce-que l’IA aujourd’hui ?
     Beaucoup d’interlocuteurs ont encore du mal à le dire avec précision : « L’IA, ce sont des systèmes qui vont essayer de se rapprocher le plus possible de l’intelligence humaine », explique Romain Picard, directeur  de Cloudera, une entreprise californienne spécialisée dans les logiciels d’exploitation du Big Data. « L’IA consiste à déléguer à des machines une partie des capacités humaines en termes d’intelligence, de décision et d’action », avance Mouloud Dey, directeur de l’innovation chez SAS France (logiciels d’analytique avancée). La fin du code La difficulté à définir l’intelligence artificielle provient tout simplement de son histoire, au cours de laquelle plusieurs approches ont été tentées. Mais, de toute évidence, une étape décisive a été franchie avec le machine learning, plus facile d’emploi. « Avec le machine learning, on va apprendre à la machine comme à un enfant, analyse Rand Hindi. L’humain n’a pas à comprendre le phénomène pour enseigner à la machine à le reproduire. » Pour apprendre à un réseau de neurones à reconnaître une image de chat, on lui montre des images et on lui dit en sortie si c’est un chat ou pas. A aucun moment, un homme ne doit décrire ce qu’est un chat. « “L’IA, c’est la fin du code”, comme l’avait titré le magazine “Wired” en mai 2016, ajoute même Jean-Philippe Desbiolles, vice-président pour la France de Watson, la solution d’IA d’IBM. « Nous sommes en train de passer d’un monde de programmation à un monde de l’apprentissage où la connaissance, l’expertise et le savoir-être sont clefs. » Les spécialistes estiment qu’à terme, grâce à l’IA, nous pourrons mieux détecter et comprendre les signaux faibles dans l’imagerie médicale, les images satellitaires, les analyses médicales, les bruits, les caméras de surveillance, les textes de loi, les réseaux sociaux, les déclarations fiscales, les réclamations des clients… Ils pensent aussi que le dialogue avec les ordinateurs se fera de plus en plus en langage naturel (la voix ou l’écrit avec le NLP – « Natural Language Processing ») ou par l’intermédiaire d’images : les résultats seront représentés sous forme d’images, y compris en 3D avec des hologrammes
      « Mais, aujourd’hui, concrètement, l’IA reste encore très modeste : nous ne sommes pas encore sur des applications de rupture, mais sur de l’informatique qui s’améliore », prévient Julien Maldonato, associé conseil Innovation chez Deloitte. Lui et ses collègues des autres cabinets de conseil estiment que l’IA doit être utilisée en priorité pour la gestion documentaire (encore appelée automatisation des processus métier, ou RPA – « Robotic Process Automation »), la maintenance prédictive, la gestion de la logistique, le tri des CV, la prévision des ventes et donc de la production, les réponses aux requêtes (achats, demandes d’information, réclamations…) que les clients formulent par courrier électronique ou par téléphone, la détection de fraudes. Les cas d’usage se multiplient : chez l’équipementier automobile Faurecia, la mise en place, avec l’aide de Cloudera, d’un réseau de capteurs connectés dans les usines a permis de développer la maintenance prédictive et de réduire les arrêts de production.

2) Quelques notions à connaitre :

2-1   L’apprentissage automatique
L’apprentissage automatique (« machine learning » en anglais) est une des branches de l’intelligence artificielle. Son autre nom − l’apprentissage statistique − est moins glamour, mais décrit mieux le fonctionnement de ces programmes informatiques capables d’ajuster leur comportement en fonction des données qu’on leur montre en entrée (et éventuellement des données qu’on leur montre en sortie) : leur méthode de travail n’a rien d’intelligent, elle repose sur des processus systématiques, à base d’outils algorithmiques et statistiques comme les arbres de décision, la régression logistique et les fameux « réseaux de neurones ». Par exemple: quelle association et quelles doses de médicament faut-il pour soigner un malade

2-2   Les réseaux de neurones :
Les réseaux de neurones artificiels ont été théorisés en 1943 par deux Américains, Warren McCulloch, neurophysiologiste, et Walter Pitts, logicien, pour qui le neurone était à la base de toute opération logique du cerveau. Ils proposèrent un modèle simple de neurone artificiel, encore appelé neurone « formel » : un neurone binaire qui émet un signal (on dit que la sortie vaut 1) ou non (la sortie vaut 0). Pour prendre cette « décision », il effectue la somme des données (0 ou 1) envoyés par les neurones auxquels il est connecté. Aujourd’hui, les réseaux de neurones peuvent comprendre des milliers, des millions, voire des milliards de neurones. Ils ont besoin de processeurs capables d’effectuer un grand nombre de calculs en parallèle, comme les GPU (« graphics processing units », processeurs graphiques), conçus au départ pour des applications multimédias.

2-3   Reconnaissance des formes :
La reconnaissance de formes (« pattern recognition » en anglais) est une branche de l’intelligence artificielle surtout connue pour ses applications à la reconnaissance d’images (le mot « forme » est à comprendre dans un sens très large : contenus visuels ou sonores, images médicales, images satellitaires…). Pour apprendre à un réseau de neurones artificiels à reconnaître des images de chat, on lui montre, en entrée, des images de toutes sortes, et, en sortie, il annonce quelle est la probabilité que ce soit un chat. En cas d’erreur, il modifie de lui-même son processus de prise de décision. Les techniques actuelles donnent d’aussi bons résultats qu’un humain. Après avoir appris à un réseau de neurones à reconnaître 2.000 maladies parmi 130.000 photos de lésions de la peau, sept chercheurs de l’université Stanford l’ont mis en compétition avec 21 dermatologues pour la reconnaissance de mélanomes. Les résultats, publiés en 2017, étaient comparables.

2-4   Traitement du langage naturel :
Le traitement automatique du langage naturel (NLP, pour « natural language processing » en anglais) est un mélange de linguistique, d’informatique et d’intelligence artificielle, qui vous permet de ne plus devenir fou au téléphone : il y a encore quelques années, il fallait s’armer de patience pour dialoguer avec les standards automatiques qui nous demandaient d’appuyer sur telle touche de notre téléphone avant de nous mettre en communication avec le service demandé… ou de nous enfermer dans une boucle infernale. Désormais, grâce à la reconnaissance vocale, nous sommes mis en relation avec un « chatbot », un agent conversationnel, avec lequel nous dialoguons en langage naturel. Cette technologie nous permet également de donner des ordres à notre smartphone ou à une enceinte intelligente qui nous répond par synthèse vocale. Elle s’applique aussi à l’écrit, avec les bots sur les sites Web, ou à la transcription automatique des échanges entre un patient et un médecin.

3)  De nouvelles compétences à développer :

     L’intelligence artificielle va-t-elle détruire des emplois, et si oui, combien ? Derrière cette question omniprésente − mais à laquelle il est impossible de répondre avec précision − se cache une autre, rarement abordée et pourtant aussi cruciale : la place de la formation et des compétences. Un chantier aussi immense que négligé. Une étude réalisée par Accenture l’illustre de façon cruelle : la majorité (72 %) des 1.200 cadres interrogés par le cabinet estime que les « technologies intelligentes » vont jouer un rôle primordial dans « la capacité des entreprises à se différencier ». Quant aux dirigeants, ils sont plus de la moitié (54 %) à estimer que « la relation homme-machine constitue une de leurs priorités stratégiques. » Ils sont pourtant seulement… 3 % à envisager « d’augmenter significativement leurs investissements dans la formation de leurs salariés pour les préparer à cette collaboration. »
 « Ne nous trompons pas d’objectif : il faut protéger les employés, non les emplois. Car, de tout temps, des emplois ont disparu et de nouveaux ont vu le jour, avec, in fine, un nombre total d’employés toujours plus important », prévient Fabrice Asvazadourian, directeur exécutif d’Accenture. Ce qui laisse augurer d’un titanesque chantier autour de la formation. Le Comité d’orientation pour l’emploi (COE) avait tenté de l’estimer. Selon lui, 10 % des emplois sont susceptibles d’être supprimés et « 50 % seront notablement ou profondément transformés », dans tous les secteurs de l’économie et sur l’ensemble du territoire. « Ces évolutions vont se produire d’ici dix à quinze ans. C’est inédit et suppose une montée en compétences massive d’une très large partie de la population active. La grande erreur serait de croire que cela ne concerne que les gens sans qualification », s’alarme Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du COE. Le rapport souligne notamment que 8 % de la population active (chômeurs inclus) n’a aucune compétence numérique et que, pour 27 %, le niveau est faible. Plus inquiétant, 13 % des actifs en emploi sont en difficulté du point de vue des compétences cognitives de base et 30 % devraient progresser « pour disposer de meilleurs atouts », note le rapport. L’arrivée de l’informatique et l’automatisation, à partir des années 1970, avaient déjà constitué une révolution. Avec l’intelligence artificielle, des bouleversements d’une autre ampleur s’annoncent. « Le gain sera de la même ampleur que pour l’ouvrier qui passe de la main à la pelleteuse pour creuser », annonce Bernard Belletante, directeur général d’EM Lyon.
      Une compétence clef des futurs managers sera sans doute l’esprit critique. Objectif : savoir garder ses distances avec les résultats produits par l’intelligence artificielle et notamment le « deep learning ». « La machine ne sait pas communiquer et expliquer ses résultats », note François Taddei. Redoutables tâches qu’auront les managers lorsqu’ils devront trancher et prendre des décisions.
     Face à la puissance d’analyse des machines, créativité, communication, esprit critique ou charisme seront des compétences clefs. Malheur à ceux qui ne les maîtriseront pas, en particulier chez les managers.

4) Conclusion

Les entreprises françaises sont-elles assez avancées dans leur numérisation pour tirer parti de l’IA ? « Non, et c’est là le sujet. L’intelligence artificielle est en soi un sujet spécifique, mais elle constitue aussi de façon plus générale la nouvelle vague de la numérisation. Les entreprises qui étaient déjà en retard sur la numérisation le sont aussi sur la mise en place d’outils d’intelligence artificielle. Sur la partie spécifique, il faudra plus de chercheurs ou de R&D sur des secteurs très consommateurs d’IA, comme la santé, les transports ou l’énergie. Mais l’IA sera aussi un facteur de transformation pour 100 % de l’économie. Et là, on doit rattraper notre retard : la France est 16e au niveau européen pour la numérisation des PME et TPE. C’est pour cela que nous annoncerons un plan pour les aider à se numériser, en partenariat avec les régions, en même temps que le plan sur l’intelligence artificielle. Il faut à la fois aider les entreprises à rattraper leur retard et avoir une première ligne de champions qui deviendront les leaders et les fournisseurs de solutions de demain ».( MOUNIR MAHJOUBI, secrétaire d’Etat chargé du numérique)

(Tiré d’un article des Echos du 9 Mars 18)

Bonne maintenance
Olivier